Quand les algorithmes respirent : grilles, émergence et poétique du numérique
Comment un algorithme fini et déterministe peut-il produire de l’improbable ? Mon travail explore ce paradoxe en transformant grilles, règles et trajectoires en systèmes sensibles où la structure vacille et où l’émergence devient possible. Dans ces géométries respirantes, l’algorithme cesse d’être une procédure : il devient un lieu d’événements perceptifs.
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la question derrière la grille
L’art numérique est souvent associé à la précision, à la répétabilité, au contrôle.
Pourtant, derrière chaque algorithme repose une tension plus profonde :
une suite d’opérations finies, explicites et non ambiguës peut malgré tout donner naissance à quelque chose d’inattendu.
C’est dans cette faille — à l’endroit où la règle hésite et où la forme dévie — que mon travail commence.
Je ne cherche pas à démontrer la stabilité du calcul, mais à révéler la capacité du computationnel à produire une indétermination sensible, un champ où la perception s’écarte légèrement de la programmation.
L’architecture : un art de l’espace, mais aussi de la vibration
Ma formation en architecture façonne profondément mon approche.
L’architecture n’est pas seulement affaire d’organisation spatiale : c’est une manière de penser les tensions, les atmosphères, les déstabilisations possibles.
L’espace computationnel — fait de règles, de paramètres, de fonctions — n’est pas différent.
Il peut vibrer, se fatiguer, se plier, dériver.
La grille, symbole de rationalité moderne, devient dans mes travaux une membrane vivante :
elle respire, se déforme, se trouble, révèle brièvement une apparition.
La grille n’est plus un cadre : elle devient une matière en transformation.
L’algorithme comme système sensible
Un algorithme est, par définition, un protocole déterministe.
Mais ce qui m’intéresse est le moment précis où ce protocole — conçu pour résoudre un problème — commence à produire des états qui excèdent sa propre logique.
Par accumulations, frictions ou déformations successives, la structure peut :
oublier son état initial,
dévier de sa trajectoire attendue,
laisser émerger des configurations improbables.
Les fonctions de bruit deviennent mémoire, les trajectoires deviennent tension, les itérations deviennent dérives.
À l’intérieur même du déterminisme algorithmique, quelque chose comme une sensibilité apparaît.
Ce paradoxe est central :
d’une structure close surgit une forme d’ouverture.
D’un système fini naît l’imprévisible.
Deleuze : du virtuel à l’événement
Cette dynamique résonne profondément avec la pensée de Deleuze, et en particulier avec la distinction entre l’actuel et le virtuel.
Un algorithme est actuel dans son code, mais virtuel dans son champ de transformations potentielles.
Il n’est jamais réductible à ce qu’il exécute :
il contient aussi ce qu’il pourrait devenir.
L’événement — au sens deleuzien — apparaît lorsque le système actualise une configuration qui n’était pas explicitement codée mais déjà incluse dans sa virtualité.
C’est ainsi que surgissent, dans mes pièces, sphères fantômes, halos, intensités flottantes :
non pas comme illusions optiques, mais comme événements générés par l’interférence, l’accumulation ou la fatigue structurelle.
Ces formes ne sont pas dessinées : elles adviennent.
Quand la grille cesse d’être une grille
Une grande partie de mon travail se situe précisément sur ce seuil :
le moment où un système ne se comporte plus comme lui-même.
Quand la ligne devient vibration.
Quand la trajectoire se met à hésiter.
Quand la grille — poussée à ses limites — révèle une apparition.
Ces formes émergentes ne font pas partie du diagramme initial.
Elles sont le produit d’un rapport entre structure et dérive.
Elles marquent l’instant où l’algorithme devient perceptif.
Les NFTs comme laboratoire : l’écologie de l’actualisation
Dans l’écosystème NFT, chaque mint n’est pas seulement un tirage :
c’est une actualisation singulière du système.
Les plateformes comme fxhash ou Objkt fonctionnent comme des laboratoires d’événements :
le code se rejoue différemment à chaque occasion,
les variations se multiplient,
et chaque collectionneur devient, en quelque sorte, co-acteur de l’œuvre.
Cette écologie renforce mon désir de concevoir non pas des systèmes parfaits, mais des systèmes vivants
des algorithmes qui respirent,
des grilles qui hésitent,
des géométries qui se souviennent de leur propre fragilité.
vers une poétique de l’improbable
Ce que je recherche — à travers grilles, dérives, sphères, formes fantômes — n’est ni la maîtrise totale ni l’aléatoire pur,
mais l’apparition du sensible improbablement généré.
Un espace où la structure produit de la vibration,
où le calcul engendre de l’événement,
où l’algorithme révèle une part de sa propre vie.
Dans cette fragilité, réside sa poétique.